Durabilité, digital… A quoi ressemblera l’agriculteur de demain? Une agriculture intelligente et connectée

L’agriculture ne cesse de se développer, se moderniser, s’adapter aux nouvelles technologies et à la société. Avec un objectif: la durabilité. Une agriculture d’avenir déjà enseignée dans les écoles.

A quoi ressemblera l’agriculteur de demain? Pilotera-t-il un drone juché sur une moissonneuse connectée pour cultiver des produits bio dans un champ bordé d’éoliennes? Une caricature bien sûr. Mais le secteur agricole innove. Tout le temps. Et si les moyens d’y parvenir peuvent être (très) variés, l’objectif est là: aboutir à une agriculture pérenne. Alors que le secteur se débat avec une série de crises, celle du prix du lait ou celle du prix du porc notamment, il continue d’attirer les jeunes. L’enseignement agricole en France, c’est plus de 465.000 élèves, étudiants, apprentis et stagiaire de la formation continue. Avec des effectifs en hausse de 0,4% par rapport à l’année dernière. Et dans ces écoles qui forment aux divers métiers du secteur agricole, c’est bien une agriculture d’avenir que l’on enseigne.

Les nouvelles technologies y ont la part belle du côté des écoles d’enseignement supérieur. Avec la multiplication et la banalisation des objets connectés, l’agriculture connectée y a pris ses quartiers. L’agriculture connectée? C’est « une pratique fondée sur l’utilisation des données récoltées pour mieux connaître le lieu d’action et affiner l’intervention », indique Marie-Laure Navas, directrice déléguée au formations et à la politique scientifique de Montpellier SupAgro. Des données collectées via un grand nombre d’objets: depuis les capteurs jusqu’au tracteur. « L’agriculture connectée est aussi présente dans l’élevage » indiquent Bruno Guermonprez, responsable du pôle agriculture de l’ISA de Lille, et Bertrand Vandoorne, enseignant-chercheur de l’école. « On peut par exemple prendre un échantillon de lait à chaque traite et connaître ainsi des informations sur l’animal. C’est le big data agricole ».

Aide à la prise de décision

Des données qui viennent aider l’agriculteur à adapter sa pratique pour agir au plus près de la plante ou de l’animal. C’est ce qu’on appelle l’agriculture de précision ou smart farming. « L’agriculture de précision existe depuis 20 ans. L’idée est simple: il s’agit de ne plus raisonner en terme de moyenne mais d’avoir une action individualisée », explique Marie-Laure Navas. En clair, c’est mettre la bonne dose au bon endroit. Les objets connectés viennent affiner la connaissance de la situation.

Du côté de l’agriculteur, ces outils d’aide à la prise de décision – car c’est bien l’agriculteur qui décide au final ce qu’il va faire – lui permettent de gagner du temps. Gagner du temps notamment grâce à l’automatisation et la robotisation de certaines tâches répétitives ce qui permet à l’agriculteur de se concentrer sur la prise de décision la plus adaptée. Mais agriculture connectée et smart farming permettent aussi d’économiser sur les intrants, les engrais par exemple, ce qui a un effet sur le rendement et va dans le sens de la durabilité.

La durabilité, c’est le point commun avec une autre tendance actuelle: l’agro-écologie. Une tendance loin d’être incompatible avec l’agriculture connectée rappelle d’ailleurs Marie-Laure Navas. Cette manière de concevoir les systèmes de production agricole vise notamment à préserver les ressources naturelles. On est très loin de l’image cliché d’une pratique bobo hostile à la technologie. « On peut faire de l’agro-écologie avec de l’agriculture connectée puisque celle-ci permet de mieux gérer l’organisation des ressources et d’appliquer des protocoles pour respecter les propriétés du milieu. Tout dépend de l’objectif que l’on met derrière l’utilisation de l’agriculture connectée ».

De nouveaux métiers

L’agriculture connectée est donc très présente dans les écoles d’enseignement agricole. A Montpellier SupAgro, une chaire d’agriculture numérique va être inaugurée en novembre. A l’ISA de Lille qui ne forme pas spécifiquement les agriculteurs mais des personnes qui vont encadrer l’agriculture, un module smart farming a été mis en place. Les étudiants y sont formés en partenariat avec ceux de l’ISEN, une autre école d’ingénieurs lilloise. « Nos étudiants doivent être capables de comprendre la technologie, de voir comment ça se passe avec les capteurs. Et on leur demande aussi de mener un projet interécoles », indiquent Bruno Guermonprez et Bertrand Vandoorne.

« Les nouvelles technologies, c’est vraiment ce que j’aime » assure Alexis Carlier, étudiant en 4e année à l’ISA issu d’une famille d’agriculteurs. Il va d’ailleurs suivre le module smart farming dans les prochains mois. « C’est important pour découvrir tout ce qui existe et avoir une idée des métiers en plein développement ». « De nouveaux métiers vont se créer autour des objets connectés », affirment aussi les deux responsables de l’ISA. Notamment les métiers de conseil en agriculture.

De nombreuses start-up voient d’ailleurs le jour dans le secteur agricole, certaines étant créées par des jeunes diplômés. « Ça a du sens », explique Marie-Laure Navas. « Ça leur permet de développer une façon de produire en cohérence avec l’approche qu’ils défendent. Ils sont très impliqués et très concernés. Et les nouvelles technologies leur permettent de répondre à ces enjeux. » Alors quel portrait dresser de l’agriculteur de demain? Pour Bruno Guermonprez et Bertrand Vandoorne, « c’est difficile à dire mais on peut tenter d’imaginer la situation en 2050 ». S’ils estiment que le modèle agricole ne sera pas « fondamentalement » transformé, ils citent quelques éléments comme l’autonomie énergétique de l’exploitation et la banalisation de la technologie. Pour Marie-Laure Navas, il n’y a pas « un portait d’agriculteur mais des agricultures ». Seule certitude selon elle: « l’agriculteur de demain sera un homme moderne, en cohérence avec son temps. »

Source:Challenges.fr

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